Qu’est-ce que le commentaire ?

[Une version, adaptée aux besoins d’un cours sur la bande dessinée (Université de la Colombie-Britannique Vancouver), de plusieurs guides pratiques pour l’analyse textuelle. Une version plus générale en anglais se trouve ici. / This is a shorter French version of “On reading, writing, and commentary,” for a UBC Vancouver course.] 

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Un des travaux pour ce cours sera un commentaire, où vous choisirez une planche d’une BD (ou juste une seule case) et vous expliquerez votre choix et la valeur de cette planche (ou case).

  • sujet : une planche / page OU une case
  • qui se trouve dans une BD en français
  • vous pourriez utiliser une des BD au programme pour ce cours
  • … ou un autre album dans la même série (Astérix, Tintin, Marsupilami)
  • … ou dans une autre série par le même scénariste, dessinateur, ou auteur (ex. Goscinny / Lucky Luke, Franquin / Gaston Lagaffe)
  • … ou une autre BD, pourvu qu’elle soit en français (y compris en traduction française, p. ex. Nick Sousanis, Unflattening / Le Déploiement)
  • longueur : 500-750 mots ou équivalent (p. ex. une vidéo)
  • remise : par e-mail (date limite : le dimanche 5 mars 2017 à minuit) ou en classe le lundi 6 mars 2017
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Des commentaires de Montaigne
sur ses propres “Essais”
(Exemplaire de Bordeaux, 1588)

INTRODUCTION:
EN COMMENTAIRE SUR LE COMMENTAIRE,
UNE EXPLICATION DE L’EXPLICATION

Un commentaire d’image ou d’autre objet ressemble dans l’ensemble à un commentaire de texte :

  1. introduction et identification d’un QUOI préliminaire et superficiel :
    1. qu’est-ce que c’est que cette chose ?
      par qui ?
    2. (souvent aussi—mais pas toujours—et seulement s’il y a une pertinence pour les éléments que vous souhaitez souligner dans la partie principale de votre commentaire) une interrogation supplémentaire qui contextualise l’objet de votre analyse contexte :
      pour qui a-t-elle été faite ?
      de quand date-t-elle ?
      où se trouve-t-elle ?
      un contexte immédiat = le texte autour, p. ex. un livre ;
      un contexte plus large = son milieu, un groupe ou mouvement (esthétique, intellectuel, social, politique), un lieu, une époque, une culture

  2. le QUOI et le POURQUOI en détail et en profondeur :
    que fait cette chose ?
    comment ?
    pourquoi ?
    et à quelle fin ?
    = la partie principale (entre 2/3 et 4/5 du commentaire)
  3. le déploiement de(s) POURQUOI(S) :
    pourquoi devrait-on la lire ? quelle est sa valeur ?
    pourquoi l’avez-vous choisi comme sujet de commentaire ?
    reste-t-il des questions ouvertes à poser, des conclusions ou des suggestions pour un élargissement de l’analyse et de la discussion ?

(voir aussi : Roland Barthes)

Interroger, analyser, interpréter, juger : c’est surtout un travail / une approche CRITIQUE.

LE DROIT ET LA JUSTICE…

 

… ET L’ANALYSE ET LA CRITIQUE

Celles-ci sont liées au jugement: qui doit être équilibré (le bien vs. le mal). Vous mettez vos évidences et vos arguments/vos explications/votre raisonnement dans les plateaux de la balance de la justice, et puis vous les pesez. Notons surtout, depuis la fameuse Wikipédia:

La balance nécessitant l’utilisation de poids, elle obligea à réglementer le pesage avec le plus grand soin.

Voici l’étymologie de base (c/o Project Perseus):

le critère (en anglais: “criterion”, pl. “criteria”)

la critique / ce que fait un critique

oOo

QUOI ?

Le commentaire est un des types d’analyse littéraire.

Ce n’est pas un essai général / la “dissertation” française, mais un commentaire détaillé, et un exercice de bonne lecture. Une lecture minutieuse et l’étude approfondie de la citation ou du passage choisi, et de ses rapports intratextuels ; une mise en valeur de cette petite partie en relation à l’œuvre entière (roman, collection poétique, livre, album) dans laquelle elle se situe.

C’est surtout VOTRE LECTURE : une réaction et appréciation du texte par VOUS, le lecteur individuel – critique, interprète, et juge.

Le commentaire est un des modes/genres d’écriture—et, à débattre, littéraires—les plus anciens, pratiquée partout dans le monde, pendant toutes les époques. Il fait partie d’une famille de formes littéraires ; ces formes ne sont pas identiques mais partagent des liens de parenté… :

[…] une lecture détaillée […] “petites lectures? Lectures du petit? Les deux choses à la fois sans doute.”*[…] “Petite lectures”* implique plutôt la lecture des passages courts tandis que “lecture du petit”* suggère que le sujet peut s’étaler sur tout le texte. Le premier se rapproche plutôt du commentaire de texte (où il s’agit d’expliquer tout le passage ainsi que de le situer dans le texte); le deuxième se rapproche de l’étude thématique. Nous reviendrons sur cette distinction.

La microlecture n’a pas de méthodologie bien précise. Quoique parente des pratiques scolaires du commentaire de texte français et de son équivalent anglosaxon, le “practical criticism”, la microlecture se refuse aux règles fixes d’usage. Ce qui importe, c’est de savoir s’arrêter dans sa lecture, de savoir relire un passage et dégager son fonctionnement. L’un des avantages de la méthode, c’est justement qu’elle ait cette flexibilité, qu’elle s’adapte au texte, que la méthode d’analyse soit dictée par le texte. La microlecture est avant tout un travail de relecture. C’est une manière de lire qui ne vise pas, en premier lieu, le texte dans son ensemble mais plutôt qui essaye d’approfondir la compréhension de certains passages. Comme le dit Richard,* c’est “un changement d’échelle. Elles [les microlectures] visent, dans l’oeuvre lue et commentée, des unités beaucoup moins vastes […] La lecture n’y est plus de l’ordre d’un parcours, ni d’un survol: elle relève plutôt d’une insistance, d’une lenteur, d’un voeu de myopie. Elle fait confiance au détail, ce grain du texte.”

* les citations sont de Jean-Pierre Richard, Microlectures (Paris: Le Seuil, 1979): l’ouvrage de base / de référence pour l’idée de la microlecture

oOo

POURQUOI ?

Pourquoi le faire ? ça sert à quoi ? quelle en est son utilité ?

C’est un exercice intellectuel qui est fortement basé sur l’annotation, et notons qu’on utilise le mot “glose” pour les deux:

“Annotation is often the underemphasized link between what we read and what we write.”

Charlie Wesley, “Mark it up,” dans la rubrique “Do your job better” du Chronicle of Higher Education (le 18 octobre 2012): voir le reste de l’article ainsi que les commentaire. L’article (ainsi que tout le reste de ce journal) est à l’intention des profs, mais fort révélateur… un peu comme l’est Rate My Professor pour les professeurs…

Ou bien, comme le dit Montaigne—soulignant l’importance et l’histoire du commentaire (la “glose” ici), en tant que forme littéraire et de créativité et de culture humaine—mais aussi avec un brin d’ironie voir même de malice, un clin d’œuil ludique avec vous le lecteur (en train d’interpréter, etc.):

Nous ne faisons que nous entregloser.

De l’expérience,” Essais III.13 (Villey, p. 1069 mais regardez aussi surtout à partir de la p. 1066; le lien vous mène au paragraphe en entier, qui avait commencé à la p. 1065, au tout début de cet essai… Source : The Montaigne Project, c/o The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago.)

oOo

COMMENT LE FAIRE ?

Vous pouvez y apporter toutes vos connaissances extra-curriculaires, d’autres lectures, des recherches, etc.—ils forment votre propre arrière-plan critique individuel—MAIS le bon endroit pour en discuter à votre aise, ce n’est pas l’explication mais plutôt la dissertation. Là, vous aurez de l’espace et du souffle pour le faire.

On vous signale SURTOUT qu’il est bien possible d’écrire une analyse critique brillante sans recours au matériel secondaire (articles et livres de critique). C’est effectivement précisément ce qu’on vous demande de faire !

Les limites à la liberté d’interprétation sont
❊ la POSSIBILITÉ (logique, sens des mots) et
❊ la VRAISEMBLANCE (donc, ni robots ni psychanalyse au 16e s.)

UN GUIDE RAPIDE POUR TOUTE ANALYSE …

QUELQUES RESSOURCES SUPPLÉMENTAIRES EN LIGNE

POUR LA PARTIE PRINCIPALE / LE DÉVELOPPEMENT de votre analyse:

L’ÉCRITURE

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FAGE L.-H. 2012. — “L’art rupestre de Bornéo : présentation et nouvelles observations sur quelques mains peu communes.” In : CLOTTES J. (dir.), L’art pléistocène dans le monde / Pleistocene art of the world / Arte pleistoceno en el mundo, Actes du Congrès IFRAO, Tarascon-sur-Ariège, septembre 2010, Symposium « Art pléistocène en Asie ». N° spécial de Préhistoire, Art et Sociétés, Bulletin de la Société Préhistorique Ariège-Pyrénées, LXV-LXVI, 2010-2011, CD : p. 955- 971. http://blogs.univ-tlse2.fr/palethnologie/wp-content/files/2013/fr-FR/version-longue/articles/ASI8_Fage.pdf

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